Il y a deux ans, j’ai passé une semaine d’août à Nîmes chez ma sœur. 41 °C à l’ombre, un vent de sable, et sa fille de six ans qui se grattait les avant-bras du matin au soir. Direction la pharmacie du coin, sans ordonnance. On est ressortis avec une crème apaisante, des sachets de réhydratation et un antihistaminique de comptoir. Trente-deux euros en tout. Ce jour-là, j’ai compris que ma trousse à pharmacie d’été n’était plus adaptée au climat dans lequel je vivais.
Les épisodes extrêmes se multiplient, et nos armoires à pharmacie suivent le mouvement sans qu’on y prête attention. Pour comprendre ce qui change vraiment dans nos étés, je suis régulièrement les analyses de maltaclimate.com, un site indépendant qui décrypte les données climatiques sans catastrophisme ni langue de bois. C’est là que j’ai vu les projections de nuits tropicales pour les villes du Sud : à Lyon, le nombre de nuits au-dessus de 20 °C pourrait tripler d’ici 2050. Ça a des conséquences très concrètes sur ce qu’on achète au comptoir.
Ce qui sort le plus en été, et à quel prix
Le pharmacien de mon quartier tient un carnet. Sur les mois de juin à août, il écoule environ trois fois plus de solutés de réhydratation que le reste de l’année. Un sachet coûte entre 0,50 et 1 € l’unité, souvent vendu par boîte de dix. Pas de prescription nécessaire, délivrance libre en officine.
Médecine douceSe soigner sans ordonnance à l’heure du climat : ce qui marche, ce qui coûte cher, ce qu’on peut vérifierLes antihistaminiques de comptoir, eux, tournent autour de 5 à 9 € la boîte de quinze comprimés. La cétirizine et la loratadine sont accessibles sans ordonnance, mais le pharmacien vous posera deux ou trois questions avant de vous les céder. C’est le niveau de délivrance « conseil » : pas besoin de papier, mais un entretien obligatoire.
Et puis il y a les incontournables post-piqûres. Le marché a explosé avec la progression du moustique tigre dans soixante-dix-huit départements métropolitains. Comptez 4 à 7 € pour un roll-on à base d’hydrocortisone diluée ou d’arnica.

Les plantes qui tiennent leurs promesses (et les autres)
Je vais être direct : une bonne partie des « remèdes naturels » vendus en pharmacie relève du placebo joliment emballé. L’arnica en gel sur une piqûre ? Le soulagement est réel mais modeste. La camomille en infusion contre l’anxiété liée aux vagues de chaleur ? Mouais.
D’autres plantes ont des données solides derrière elles. L’ortie en racine, pour les problèmes urinaires bénins, bénéficie d’une reconnaissance européenne (monographie EMA). Le plantain lancéolé apaise vraiment les irritations cutanées. La mélatonine, vendue librement à partir de 3 mg, aide sur les décalages de sommeil provoqués par les nuits trop chaudes — à condition de ne pas dépasser la dose recommandée.
Médecine douceSe soigner en autonomie : ce que l’automédication raisonnée change dans nos viesLe gattilier, en revanche, je le déconseille sans avis médical malgré sa vente libre en gélules.
Le vrai piège : le sur-achat
On empile. Une boîte de sérum de réhydratation ouverte l’été dernier, deux tubes de crème entamés, un spray répulsif périmé depuis 2022. Mon pharmacien estime que 30 % des produits d’été qu’il vend ne sont jamais terminés. Ça représente une quinzaine d’euros par foyer et par an, partis à la poubelle. Pas dramatique, mais agaçant.
La logique voudrait qu’on adapte sa trousse à la saison qui vient, pas à celle qui s’achève. Un thermomètre d’ambiance à 8 € vaut parfois mieux qu’un troisième tube de Biafine.
Ce qu’il faut demander au comptoir
Les conseils gratuits sont souvent la meilleure partie du passage en pharmacie. Posez des questions sur les interactions avec vos traitements en cours : beaucoup de gens ignorent que le millepertuis réduit l’efficacité de certains contraceptifs et anticoagulants, alors qu’il se vend sans ordonnance en gélules ou en infusion.
- Demandez systématiquement la date de péremption avant de payer, surtout sur les crèmes solaires bradées en fin de saison.
- Privilégiez les formats mono-dose pour la réhydratation : plus chers au sachet, mais rien ne se perd.
- Pour les enfants de moins de six ans, ne cédez pas à la tentation du « naturel » : la plupart des huiles essentielles leur sont déconseillées.
Un dernier point qui me tient à cœur. On parle beaucoup d’adaptation climatique dans les rapports, moins dans les rayons. Pourtant, la première adaptation, celle qui coûte 6,90 € et qu’on peut faire un samedi matin sans rendez-vous, c’est encore de savoir quoi acheter, quoi éviter et à qui poser la question.



