J’ai compté, l’autre jour, en vidant mon tiroir de salle de bain : onze boîtes entamées, quatre tubes de crème périmés depuis 2021, et un sirop pour la toux acheté en urgence un dimanche de février. Rien d’exceptionnel. La plupart des gens que je connais ont le même capharnaüm. Sauf que ce capharnaüm a un coût, et pas seulement en euros.
Le sujet m’est venu en lisant les analyses climat de carbonelorrainebenelux.com, qui décortique l’empreinte carbone de nos achats du quotidien. Un blog indépendant, sans vitrine à défendre. On y parle transport, alimentation, énergie. La santé, bizarrement, y est peu traitée. Pourtant, un médicament, c’est une chaîne industrielle : principe actif souvent produit en Asie, conditionnement en carton et aluminium, acheminement réfrigéré pour certains, incinération des invendus. Le paracétamol que j’avale sans y penser a un parcours plus long que le mien.
Ce qui coûte cher au climat dans une pharmacie
Trois postes dominent. D’abord le transport : une grande partie des principes actifs vient de Chine ou d’Inde, et le produit fini repasse souvent par un site européen avant d’arriver en rayon. Ensuite l’emballage, difficile à recycler quand carton, blister alu et notice se retrouvent soudés. Enfin le gaspillage : en France, on estime qu’une boîte de médicaments sur cinq n’est jamais ouverte. Un chiffre qui devrait faire réfléchir avant chaque achat impulsif.
Les plantes médicinales changent la donne, mais pas toujours dans le bon sens.
Médecine douceSoigner un petit mal sans ordonnance : ce qui marche, ce qui coûte cher pour rienUne tisane de thym séchée localement, ça voyage en sachet de papier et ça se conserve trois ans. Un complément à base de ginseng encapsulé sous blister, importé de Corée, c’est autre chose. Je ne dis pas qu’il faut bannir les gélules. Je dis qu’on peut se poser la question avant de payer 19 € pour trente gélules dont on ignorera l’origine.

Le sans-ordonnance, une aubaine pour la planète ?
Contre-intuitif, mais je le pense : acheter sans ordonnance peut réduire le gaspillage. Pourquoi ? Parce qu’on achète le strict nécessaire, en petite quantité, pour un symptôme précis, au lieu de repartir avec une prescription de six mois qu’on abandonnera au bout de trois jours. Le médecin prescrit pour guérir ; le comptoir dépanne. Nuance. Exemple concret : l’Hélicidine en sirop sans ordonnance pour une toux sèche.
Encore faut-il savoir ce qu’on prend. Le niveau de délivrance compte. La plupart des remèdes naturels — huiles essentielles, plantes en vrac, certains sprays nasaux — sont en accès libre. D’autres produits, comme le paracétamol 1000 mg ou l’ibuprofène 400 mg, sont derrière le comptoir : le pharmacien peut les refuser, et il a raison de le faire. Et puis il y a tout ce qui exige une ordonnance, y compris certaines préparations à base de plantes qui ne sont pas anodines.
Petit inventaire de ce qu’on peut acheter librement, avec les prix constatés autour de chez moi :
- Tisanes de plantes (thym, verveine, camomille) : 3 à 6 € la boîte, quinze à vingt sachets.
- Sérum physiologique en dosettes : environ 4 € les quarante, et ça sert à tout.
- Huile essentielle de lavande vraie : 6 à 12 € le flacon de 10 ml selon la marque.
- Crème à la calendula pour les irritations : 8 à 15 €.
- Spray nasal à l’eau de mer : 5 € environ.
- Compléments de vitamine D : de 4 à 20 €, écart énorme pour une composition parfois identique.
Ce qui marche vraiment ? L’eau salée pour le nez, oui, les études sont solides. Le thym en infusion contre la toux, ça soulage sans prétendre guérir. La lavande en inhalation, pourquoi pas. Le reste, souvent, c’est du confort.
Trois gestes qui allègent le tiroir et le bilan
Premier réflexe : rapporter les boîtes non ouvertes. Le dispositif Cyclamed existe depuis 1993, les pharmacies reprennent tout, et les médicaments non consommés sont valorisés énergétiquement plutôt que jetés. J’ai vidé mon tiroir il y a deux mois, trente-huit boîtes rapportées. Trente-huit.
Médecine douceCes remèdes vendus sans ordonnance ont un coût carbone (et personne n’en parle)Deuxième geste : préférer les formats simples. Un flacon d’huile essentielle en verre ambré et son compte-gouttes, ça se recycle mieux qu’un blister.
Et troisièmes, on arrête d’acheter « au cas où ». Le « au cas où » coûte 15 € et finit périmé.
Je ne vais pas prétendre que ma salle de bain est devenue un modèle de sobriété. Il y a toujours un sirop entamé et un tube de crème dont je ne connais pas l’âge. Mais l’idée qu’un simple tiroir puisse peser dans un bilan carbone, ça change le regard qu’on porte sur une boîte de comprimés. Un achat de plus ou de moins, multiplié par des millions de tiroirs, ça finit par compter.


